Cette transformation reflète aussi une prise de conscience : les anciennes logiques de coopération unilatérale ne suffisent plus. L'Afrique n'est pas un récipiendaire passif, mais un continent d'innovation et de croissance économique. L'AFD a adapté ses instruments financiers pour soutenir les entrepreneurs africains, les startups et les PME, au-delà des seuls grands projets d'infrastructure.
L'Afrique au cœur de la stratégie géopolitique française
Le positionnement de la France en Afrique traverse une période critique. Face à la montée en puissance d'autres puissances internationales et à une certaine fatigue des relations bilatérales historiques, l'AFD joue un rôle de soft power économique fondamental. En investissant massivement dans le développement durable et la création d'emplois, l'institution contribue à restaurer une crédibilité française souvent entachée par les perceptions de néocolonialisme.
Rémy Rioux insiste sur le fait que cette redéfinition ne signifie pas une rupture avec l'histoire, mais plutôt une réorientation vers l'égalité et le respect. Les 130 milliards d'euros déployés au cours de la dernière décennie ne sont pas des aumônes, mais des investissements dans des partenariats mutuellement bénéfiques. Cette approche résonne particulièrement auprès des nouvelles générations africaines, moins intéressées par les discours paternalistes que par des opportunités concrètes de développement économique et technologique.
Climat et transition énergétique : les nouveaux frontières du développement
L'urgence climatique a profondément transformé la philosophie de l'AFD. Le continent africain, bien que responsable de moins de 4% des émissions de gaz à effet de serre mondiales, subit de plein fouet les impacts du changement climatique. L'agence a donc placé la finance climatique au cœur de ses priorités, soutenant les pays africains dans leur transition énergétique tout en créant des opportunités économiques durables.
Cette orientation s'incarne dans des projets concrets : énergies renouvelables, agriculture climato-intelligente, villes durables et gestion des ressources naturelles. L'AFD reconnaît que le développement africain et la lutte contre le changement climatique ne sont pas antinomiques, mais complémentaires. En finançant des solutions vertes, l'institution contribue simultanément à la création d'emplois, à la réduction de la pauvreté et à la protection de l'environnement.
L'héritage d'une vision transformée pour l'avenir
Le départ de Rémy Rioux intervient à un moment charnière. L'AFD sort renforcée d'une décennie d'adaptation, avec une légitimité accrue auprès des gouvernements africains et de la société civile. Son action a démontré qu'une institution française pouvait être un partenaire fiable et innovant, loin des clichés de la domination économique.
Le bilan qu'il livre n'est pas une célébration complaisante, mais une invitation à poursuivre la transformation. Les défis restent immenses : financer une Afrique de 1,4 milliard d'habitants en quête de développement, répondre à l'urgence climatique, soutenir l'innovation technologique. L'AFD, avec ses nouveaux instruments et sa vision renouvelée, demeure un acteur clé de cette entreprise. La question n'est plus si la France peut redéfinir sa relation avec l'Afrique, mais comment accélérer cette redéfinition pour en maximiser les bénéfices mutuels.