Le marché Mokolo, poumon économique de Yaoundé, a été le théâtre d'une opération de destruction massive qui a déclenché une vive réaction des commerçants. Le 9 mars 2026, une centaine de marchands se sont rassemblés sur l'esplanade de l'hôtel de ville de la capitale camerounaise pour protester contre le démantèlement de leurs boutiques et commerces, survenu quelques heures plus tôt. Cette manifestation révèle les tensions croissantes entre les autorités municipales et le secteur informel, qui demeure un pilier économique majeur pour des milliers de familles à Yaoundé.
Mokolo : l'épicentre du commerce urbain sous pression
Le marché Mokolo n'est pas un simple espace commercial. Depuis des décennies, il constitue le plus grand et le plus fréquenté des marchés de Yaoundé, attirant quotidiennement des milliers de clients et générant des revenus substantiels pour les petits et moyens commerçants. Cette concentration économique en fait un enjeu stratégique pour l'administration urbaine, qui cherche régulièrement à réorganiser les espaces publics. Cependant, les opérations de réaménagement se heurtent souvent à l'absence de concertation réelle avec les acteurs du secteur informel, amplifiée par le manque de solutions alternatives pour les commerçants expulsés.
Une manifestation révélatrice des fractures socio-économiques
La mobilisation rapide d'une centaine de commerçants démontre l'existence d'une solidarité de facto face aux menaces communes. Ces petits entrepreneurs, dont beaucoup ne disposent pas de statut formel ni de couverture sociale, dépendent entièrement de leurs activités quotidiennes pour subsister. L'absence de préavis et de mécanisme de compensation a transformé cette opération en crise économique immédiate pour les familles affectées. Cette manifestation s'inscrit dans un contexte plus large où les tensions urbaines se cristallisent autour de l'accès à l'espace public et du droit des commerçants informels à exercer leurs activités.
Les enjeux institutionnels d'une gestion urbaine fragmentée
Cette situation révèle des dysfonctionnements structurels dans la gouvernance urbaine camerounaise. L'absence de dialogue préalable entre les autorités municipales et les organisations de commerçants soulève des questions sur la légitimité des décisions unilatérales. De plus, l'inexistence de cadre réglementaire clair concernant les droits des commerçants du secteur informel crée un vide institutionnel exploitable. Les autorités justifient généralement ces opérations par des objectifs d'assainissement urbain ou de modernisation, mais sans proposer de plans de transition viables pour les acteurs économiques concernés.
Quand la modernisation urbaine sacrifie les petits entrepreneurs
Les défis de Yaoundé en matière d'urbanisme et de gestion économique demeurent aigus. D'un côté, la capitale camerounaise doit se moderniser et améliorer ses infrastructures ; de l'autre, elle ne peut ignorer que le secteur informel emploie une part substantielle de sa population active. Les opérations comme celle du marché Mokolo, sans accompagnement social ni alternative économique, creusent les inégalités et alimentent la précarité. La question n'est pas d'opposer développement urbain et protection des petits commerçants, mais de construire des modèles inclusifs où la modernisation n'exclut pas les acteurs économiques vulnérables. Les autorités camerounaises auraient intérêt à transformer ces crises en opportunités de dialogue et de co-construction de solutions durables.


