Adulte, devenue assistante juridique, elle commence à raconter à ses amis français les anecdotes de sa jeunesse à Abidjan. Devant leur enthousiasme — et le décalage entre leur image misérabiliste de l'Afrique et la réalité festive qu'elle décrit —, elle décide d'en faire une BD. Elle s'associe avec son mari, le dessinateur français Clément Oubrerie, pour la mise en images.
Aya de Yopougon : l'histoire
L'action se déroule en 1978 à Yopougon. Aya, 19 ans, est studieuse, veut devenir médecin, et observe avec un mélange de tendresse et d'agacement les frasques de ses amies Adjoua et Bintou, deux jeunes femmes plus portées sur la fête, les "maquis" (cabarets populaires), et les histoires de cœur compliquées avec les jeunes hommes du quartier.
Autour d'elles : les pères absents (à la maîtresse), les mères qui tiennent la boutique, les amoureux maladroits, les voisins ragoteurs, les "gnambros" (jeunes voyous), les fêtes qui se prolongent. Une comédie sociale légère mais finement documentée.
Pourquoi c'est culte (et pas juste "une BD africaine")
Trois raisons concrètes :
1. Casser les clichés sans tomber dans l'apologie
Avant Aya, l'Afrique francophone dans la BD française = Tintin au Congo et ses suites néocoloniales. Après Aya, l'Afrique = des jeunes femmes drôles, intelligentes, sexuelles, ambitieuses. Aucun pathos, aucune misère, aucun exotisme.
2. La langue
Marguerite Abouet écrit en français standard mais parsème le texte de nouchi (argot ivoirien) : « on dit quoi ? », « c'est tchatcho », « gnaga », « bingue ». Un glossaire à la fin de chaque tome rend le tout lisible aux non-initiés. Pour la diaspora ivoirienne, lire Aya c'est entendre sa propre voix.
3. La précision documentaire
Yopougon est dessiné avec une précision photographique : les maquis, les kiosques à journaux, les woros-woros (taxis collectifs), les brouettes de Bobo, l'ambiance des balcons. Les ivoiriens reconnaissent leur quartier, les non-ivoiriens découvrent une géographie urbaine concrète.
Le succès international
- Tome 1 (2005) : Prix du premier album à Angoulême 2006
- Tomes 2-6 (2006-2010) : succès continu, traduit en 16 langues
- Film d'animation (2013) : réalisé par Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, voix d'Aïssa Maïga, Tatiana Rojo, Jacky Ido. Présenté à Cannes (Quinzaine).
- Série Netflix (annoncée 2025) : adaptation longue en cours de production.
Pourquoi le FICA programme Aya en 2026 ?
Le Festival International du Cinéma Africain (FICA) du Cinéma Le Kosmos (Fontenay-sous-Bois) est l'un des plus anciens festivals de cinéma africain en Île-de-France. Sa séance spéciale Aya s'inscrit dans une volonté de programmer des œuvres "passerelles" — accessibles aux publics non-spécialistes du cinéma africain, capables de toucher des spectateurs jeunes.
La séance dure 1h30 environ et est suivie d'une rencontre informelle avec un·e membre de l'équipe (en cours de confirmation).
Comment réserver
📅 20 juin 2026
📍 Cinéma Le Kosmos, 243 ter avenue de la République, Fontenay-sous-Bois
💶 4 € (tarif unique pour cette séance spéciale)
Le tarif étant inférieur à 5 €, la séance n'est pas éligible à Culture pour Tous (l'acompte vaudrait déjà le billet). Vous payez les 4 € en une fois lors de la réservation.
Réserver ma place au FICA
Pour préparer la séance
- Lire au moins le tome 1 de la BD (disponible en bibliothèques municipales parisiennes)
- Regarder la bande-annonce officielle du film sur YouTube
- Écouter Magic System et Aïcha Koné pour s'imprégner de la bande-son ivoirienne des années 70
Pour aller plus loin
Vous avez lu la BD enfant ? Parents diaspora qui voulez emmener vos enfants ? Étudiants en école d'art ? Réservez votre place pour 4 € — et partagez en commentaire votre rapport à l'œuvre d'Abouet, ce qu'elle vous a apporté.